Un toit au-dessus de la tête, de l’eau potable et de quoi manger suffisent à sauver des vies. Mais après une catastrophe, les enfants et les familles ont besoin de bien plus que cela. Ils ont besoin de protection, de dignité et d’une perspective d’avenir. Maribel Prada, directrice nationale de World Vision , explique pourquoi ces principes doivent guider la reconstruction après les tremblements de terre et pourquoi la simple survie ne suffit pas.

« Ces dernières semaines, en discutant avec des familles des régions touchées par les tremblements de terre, j’ai pris conscience à maintes reprises que leur plus grande préoccupation ne se limitait pas à la perte de leur maison. De nombreux parents se demandent comment protéger leurs enfants tout en luttant pour leur survie au quotidien. »

C'est pourquoi il est important de prendre conscience que « la simple survie ne suffit pas ». Cette exigence doit guider nos mesures de reconstruction et de relance si nous voulons répondre aux besoins de ceux qui ont besoin de notre aide.

La protection des personnes touchées est bien sûr notre priorité absolue. Suite aux tremblements de terre, de nombreuses familles dorment dans des abris de fortune. Pour les parents, il ne s'agit pas seulement de trouver de quoi se nourrir, mais aussi de protéger leurs enfants contre la violence, l'exploitation et les dangers liés à des environnements peu sûrs. C'est pourquoi la protection est au cœur de notre action.

La protection n'est pas un élément complémentaire de notre travail, mais en constitue le cœur. Elle forme le socle sur lequel reposent toutes les autres mesures et grâce auquel celles-ci déploient leurs effets.

Dignité et protection

La distribution de colis alimentaires et le soutien aux cuisines collectives n’ont toute leur valeur que si l’accès à ces aides se fait en toute sécurité et dans le respect de la dignité. Personne – ni homme ni femme, ni fille ni garçon – ne devrait avoir à mettre sa dignité en jeu pour recevoir de l’aide. Notre action humanitaire repose sur notre identité chrétienne ainsi que sur les principes inébranlables d’humanité, d’impartialité, de neutralité et d’indépendance. L’aide humanitaire doit toujours être fournie sans condition.

Il est essentiel de défendre cette conviction avec détermination. C’est justement dans les moments de détresse extrême qu’on voit régulièrement des personnes proposer leur aide en échange de contreparties. Quiconque subordonne une aide vitale à des contreparties – qu’il s’agisse d’argent, de faveurs sexuelles, de soutien public ou d’autres avantages personnels – abuse de la détresse des personnes concernées.

Maribel Prada, directrice nationale de World Vision , est entourée d'enfants jouant avec des bulles de savon. Le jeu et le plaisir, dans un espace sécurisé, font également partie d'un bon processus d'acceptation de ce qui s'est passé.
Maribel Prada est entourée d'enfants jouant avec des bulles de savon. Le jeu et le plaisir, même dans un espace protégé, font partie intégrante d'un bon processus d'acceptation de ce qui s'est passé.

Accès protégé à l'eau et à l'assainissement

L'accès à l'eau potable ainsi qu'aux services d'assainissement et d'hygiène ne se limite pas à prévenir les maladies. Il préserve également la dignité des familles, en particulier celle des enfants. Aucune fille ni aucune femme ne devrait avoir à craindre, en plus de la précarité matérielle, de ne pas pouvoir gérer ses règles dans la dignité. C’est pourquoi nous concevons nos interventions dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène de manière à ce que la réception d’un kit d’hygiène ou l’utilisation d’installations sanitaires protégées se fasse à tout moment sans harcèlement, intimidation ni abus. Personne ne devrait se sentir en insécurité ou sans protection lors des gestes les plus quotidiens liés à l’hygiène personnelle ou familiale.

Ce n’est pas un hasard si World Vision a intégré des espaces adaptés aux enfants dans tous les processus de distribution de biens et de services essentiels. Nous poursuivons ainsi deux objectifs : nous souhaitons renforcer le sentiment de sécurité dans les zones où nous apportons une aide humanitaire, tout en sensibilisant les enfants et les adultes aux risques qui s’aggravent après chaque catastrophe.

Sources de revenus sûres

Des milliers de familles ont perdu leurs sources de revenus. C’est pourquoi la promotion de moyens de subsistance durables et dignes fait également partie de la protection des personnes. En aidant les familles à retrouver un revenu, nous contribuons à prévenir les stratégies d’adaptation néfastes qui semblent souvent inévitables dans les situations d’urgence. Les familles sans ressources financières peuvent se voir contraintes de retirer leurs enfants de l’école pour les faire travailler. Le travail des enfants, qui porte atteinte au droit à l’éducation, est une forme de violence qui fait peser sur les enfants les conséquences de l’exclusion et des inégalités. De même, les familles qui, faute de moyens suffisants, cherchent un logement ou un moyen de subsistance, sont particulièrement exposées au risque d’être victimes de la traite des êtres humains, de l’exploitation ou d’abus.

L'aide locale a un impact plus durable

L'ampleur du défi est considérable. L'UNICEF estime que près de quatre millions d'enfants et d'adolescents vivent dans les zones touchées et qu'au moins 680 000 d'entre eux dépendent de l'aide humanitaire. Une aide d'une telle ampleur n'est possible que si elle est apportée au plus près des populations. En tant qu’organisation profondément enracinée dans le pays et travaillant avec des équipes nationales ainsi que des partenaires locaux, nous agissons aux côtés des communautés religieuses, des communes et des structures locales existantes, et nous renforçons leurs propres capacités en matière de protection de l’enfance.

Pour nous, l'action locale n'est pas un principe abstrait. C'est elle qui rend l'aide humanitaire efficace, pertinente et durable, car ce sont les populations locales qui connaissent le mieux les risques auxquels elles sont exposées et les ressources dont elles disposent.

De la survie à la reconstruction

Aucun droit ne doit être mis en œuvre au détriment d’un autre – et encore moins au détriment de la dignité et de la protection. C’est pourquoi, avec le passage de l’aide d’urgence à la reconstruction, nous renouvelons notre engagement à long terme. C’est précisément en cela que réside la spécificité de notre approche : nous ne nous contentons pas d’intervenir pendant la période d’urgence pour disparaître dès que l’attention se relâche. Nous accompagnons les enfants et leurs familles tout au long de leur parcours, de l’aide d’urgence à la relance, puis au développement durable. Pour nous, l’aide humanitaire et le développement à long terme vont de pair. L’aide d’urgence et la reconstruction ne sont pas des phases distinctes, mais des étapes d’un même chemin vers un bien-être durable, en particulier pour les enfants et les jeunes.

« Je vous invite à parcourir avec nous ce long chemin fait de persévérance, d’engagement et de foi, afin de protéger le cœur des enfants du Venezuela. Il ne suffit pas de se contenter d’assurer la survie des gens. »

 

Texte original : Maribel Prada, responsable régionale de World Vision . Photos : World Vision

 

Maribel Prada (deuxième à partir de la gauche) est directrice nationale de World Vision .
Maribel Prada (2e à partir de la gauche) et de nombreux autres World Vision s'engagent pour la protection et la dignité des enfants et des familles touchés.

Merci pour votre soutien

C'est grâce à la solidarité de nombreuses personnes que nous pouvons accompagner les enfants et les familles tout au long de ce parcours. Nous vous en remercions du fond du cœur.

World Vision aux côtés des enfants et des familles touchés et les accompagne dans leur parcours, de la survie à la reconstruction.

👉 Soutenez dès maintenant les efforts de protection et de reconstruction au Venezuela.